Au XVIIIe siècle, les silhouettes à la mode pour les femmes en Angleterre et en France se sont développées dans des directions différentes. Alors que la mode de la cour française du milieu des années 1700 était caractérisée par de larges jupes à cerceaux et des décorations élaborées , la mode anglaise s'est orientée vers des robes en colonnes plus simples qui permettaient une plus grande liberté de mouvement.

Ce changement dans la mode anglaise est emblématique des changements sociaux plus vastes en cours. Alors que le siècle des Lumières mettait l’accent sur la raison plutôt que sur les excès aristocratiques, les femmes anglaises ont commencé à adopter des vêtements plus décontractés et confortables qui leur permettaient de mener une vie active. La « robe à la française » française restrictive a cédé la place à la « robe ronde » anglaise polyvalente.

Bien que moins ostentatoires que la mode française, les robes rondes anglaises des années 1770 avaient leur propre beauté et leur propre charme. Les chintz de coton aux motifs floraux éclatants étaient extrêmement populaires. Tout en restant raffinées, ces robes en chintz avec leurs jupes plus étroites et leurs sous-structures réduites permettaient aux gentlewomen anglaises de poursuivre librement leurs activités de plein air.

Cette évolution vers des silhouettes plus simples signalait un nouvel idéal de féminité dans l’Angleterre de la fin du XVIIIe siècle. La beauté a été redéfinie comme étant sans fioritures et naturelle. La mode est devenue le reflet de l'indépendance croissante des femmes et de leur désir de mobilité. La robe ronde anglaise ouvrira la voie à des changements encore plus radicaux dans la tenue vestimentaire des femmes dans les décennies à venir.

Atelier Serraspina | Robe ronde anglaise du XVIIIe siècle en coton Chintz marron

La robe ronde anglaise

La robe ronde anglaise était un style très populaire dans les années 1770. Contrairement aux styles français ornés de l’époque, la robe ronde anglaise avait un design plus simple et plus direct.

La robe a été confectionnée en une seule pièce, le corsage et la jupe étant reliés. Il comportait un corsage ajusté avec un décolleté bas et arrondi. Les manches étaient jusqu'aux coudes. La jupe était jusqu'à la cheville ou au mollet, beaucoup plus courte que les styles antérieurs du XVIIIe siècle qui traînaient sur le sol. Cela a permis une plus grande liberté de mouvement.

La robe ronde avait une taille définie et un petit coussinet noué autour de la taille pour donner du volume à l'arrière de la jupe. Cela a remplacé les jupons à larges anneaux et les grandes sacoches latérales utilisés au cours des décennies précédentes. Le résultat était une silhouette plus mince par rapport aux jupes amples des robes de cour françaises.

La robe ronde était généralement confectionnée à partir de tissus imprimés légers comme le coton chintz ou le lin. Le chintz était particulièrement populaire, avec ses motifs floraux vibrants. Les tissus plus légers et la coupe plus ample permettent un confort et une mobilité accrus.

Dans l’ensemble, la robe ronde anglaise représentait une transition vers des robes plus simples qui permettaient aux femmes de la classe supérieure de se lancer dans des activités champêtres et de mener une vie plus active. Le style contrastait fortement avec les modes ornées et restrictives populaires à la cour de France.

Atelier Serraspina | Robe du XVIIIe siècle, robe ronde anglaise, robe des années 1770 en chintz de coton marron

Une silhouette active

La robe ronde anglaise offrait une rupture avec les modes restrictives des décennies précédentes. Ses lignes simples mais élégantes permettaient une liberté de mouvement, ce qui en faisait la robe préférée des femmes avant-gardistes de la fin du XVIIIe siècle.

Débarrassée de fondements élaborés comme les larges jupes cerceaux de la période rococo antérieure, la silhouette plus fine de la robe ronde permettait aux femmes d'être plus actives. Les traînes modestes et les jupes légèrement relevées mettaient en valeur les chevilles et permettaient aux femmes de marcher librement.

Avec ses lignes épurées et ses tissus plus légers comme le chintz de coton, la mousseline et le lin, la robe ronde facilitait un style de vie actif. Les femmes pouvaient entretenir des jardins, faire de longues promenades à la campagne, jouer avec les enfants ou poursuivre des activités artistiques sans se sentir limitées. La robe ronde convenait à celles qui souhaitaient interagir avec le monde de manière plus concrète.

La qualité non restrictive de la robe ronde avait également une signification symbolique. Ses porteurs semblaient déclarer qu'ils avaient de meilleures choses à occuper que les trivialités de la mode. Pratique, simple et confortable, la robe ronde anglaise permettait aux femmes de vivre leur vie de manière dynamique et déterminée. Pour la femme avant-gardiste du XVIIIe siècle, c’était un choix naturel.

Chintz de coton

Le chintz de coton a une riche histoire en tant que tissu de coton imprimé, glacé et teint à la main. Originaire de l'Inde, le chintz a été importé en Europe à partir du XVIIe siècle par les sociétés néerlandaises et anglaises des Indes orientales. Le mot « chintz » vient du mot hindi « chint » qui signifie « tacheté ». Le tissu était initialement utilisé pour les couvre-lits, les courtepointes, les draperies et la couture.

Atelier Serraspina | Robe ronde anglaise du XVIIIe siècle en coton Chintz marron

Au milieu du XVIIIe siècle, un commerce florissant de chintz existait entre l'Inde, l'Angleterre, la France et les Pays-Bas. La robe ronde anglaise que j'ai confectionnée utilise un chintz traditionnel indien/européen de cette période - un motif floral sur fond blanc. Le tissu a une agréable sensation au toucher et un éclat grâce au processus de glaçage. Le chintz est passé de mode en Europe après 1780. Mais il reste aujourd'hui un textile emblématique du XVIIIe siècle qui évoque l'élégance et l'exubérance. Les motifs floraux semblent parfaitement adaptés pour une promenade champêtre un matin d'été.

La Collection Louise

La robe Louise fait partie d'une collection que j'ai créée à partir de la mode féminine du XVIIIe siècle. Louise d'Épinay était une écrivaine française, tenue de salon et femme de lettres au siècle des Lumières. Elle a organisé un salon populaire à Paris qui a réuni d'éminents philosophes, écrivains et activistes de l'époque, dont Rousseau, Diderot et Grimm.

Je me suis inspiré de la force de caractère et du rôle influent de d'Épinay dans la société pour créer une collection de robes de style XVIIIe siècle qui porte son nom. La collection Louise présente mes versions de robes, chemises, jupons et autres vêtements français et anglais de l'époque. J'utilise des fibres naturelles comme le lin, le coton et la soie dans mes adaptations modernes de ces silhouettes et détails historiques. La robe ronde anglaise présentée ici incarne l'objectif de la collection : allier mode, fonctionnalité et féminité.

La collection Louise me permet d'explorer la mode du XVIIIe siècle tout en responsabilisant les femmes d'aujourd'hui. En portant ces robes, nous nous connectons à des femmes influentes comme d'Épinay qui ont remis en question les rôles de genre et ont fait entendre leur voix. La simplicité et le confort de la robe ronde anglaise offrent spécifiquement un style sans effort, parfait pour les femmes actives et modernes. J'espère que ma collection inspire confiance et une beauté intemporelle.

Atelier Serraspina | Robe ronde anglaise du XVIIIe siècle en coton Chintz marron

Une promenade matinale

Le temps était magnifique un matin de juin 2021 dans le village de La Pobleta. Il faisait déjà assez chaud, parfait pour une promenade matinale. J'ai décidé de parcourir le chemin qui mène du village à la rivière, vêtue de ma nouvelle robe ronde en coton chintz.

La robe était si confortable et libératrice alors que je me promenais dans les jardins tranquilles et les potagers. Bientôt, je me retrouvais sur un sentier ouvert offrant une vue imprenable sur la campagne et les montagnes au-delà. Le chemin serpente à travers des champs et des pâturages vides au son du bruit de la rivière qui coule.

Je pouvais sentir la légère brise pendant que je marchais. La robe ronde bouge facilement avec mon corps, permettant une gamme complète de mouvements. Le tissu léger en coton chintz respire également bien, idéal pour une promenade estivale. Je me sentais totalement libre et capable de profiter de la nature et des paysages environnants.

La robe m'a permis d'apprécier les images et les sons du matin, des chants d'oiseaux aux fleurs sauvages. Son design pratique convient à un style de vie actif tout en conservant une silhouette féminine et gracieuse. J'ai pu me détendre et admirer le paysage sans m'embêter avec des sous-vêtements élaborés ou une tenue vestimentaire restrictive. C’était une promenade matinale parfaite dans une robe ronde anglaise bien-aimée.

Atelier Serraspina, une porte jardin secrète à La Pobleta de Bellveí (Catalogne)

Le paysage de campagne

Une fois passé les jardins du village, le chemin s'ouvre pour révéler de vastes pâturages verdoyants et des vues panoramiques. Les montagnes des Pyrénées se dressent au nord, leurs sommets enneigés surplombant les vallées verdoyantes en contrebas.

Avec les vaches et les chevaux partis paître l'été dans les prairies de haute montagne, les champs restent vides, à l'exception de quelques chênes ou noyers. Leurs branches projettent des ombres rafraîchissantes, un répit du chaud soleil d’été. Une douce brise fait bruisser les herbes, soulignant la quiétude.

En regardant cette scène bucolique, on ne peut s'empêcher de ressentir un sentiment de paix et de tranquillité. Le paysage semble sans fin, l’œil capable de parcourir des kilomètres après kilomètres de rase campagne. Au loin, on entend le bruit de la rivière qui serpente à travers la vallée.

C'est un lieu magique, intemporel, peu modifié au fil des siècles. La beauté et la solitude rafraîchissent l'esprit et vous connectent aux rythmes de la nature.

Jardins du village

En descendant le chemin depuis La Pobleta de Bellvehí le matin, je passe devant les potagers pittoresques du village. Les jardins sont entourés de vieilles portes et clôtures en bois, chacune unique. A cette heure matinale, les portes restent fermées, mais j'entends les canards et les oies à l'intérieur déjà réveillés et cancaner.

Les villageois s'occupent soigneusement de ces jardins chaque jour, cultivant des tomates, des poivrons, des oignons, des carottes et un assortiment d'herbes aromatiques. Les jardins me rappellent les peintures de Monet de son jardin à Giverny. Chaque villageois ajoute sa propre touche : certains peignent leurs portes en bleu et rouge vif, tandis que d'autres ornent les leurs de bacs à fleurs débordant de géraniums en été. Les jardins donnent le charme du village et fournissent des produits frais pour les tables des villageois.

En passant, je respire les senteurs terreuses des jardins. Les canards et les oies poursuivent leur chœur matinal. Bientôt, les villageois sortiront pour entretenir leurs parcelles, mais pour l'instant les jardins dorment encore, en attendant le nouveau jour.

Atelier Serraspina, champs vides près de La Pobleta de Bellveí (Catalogne)

Le chemin vers la rivière

Une fois passés les potagers, la vue s'ouvre sur de vastes pâturages avec au Nord les montagnes des Pyrénées. Aucune vache ni cheval ne paissent dans ces champs pendant les mois d'été. Les éleveurs les ont emmenés paître en montagne lors de la transhumance saisonnière. Les champs sont vides, à l'exception des chênes et des noyers qui ponctuent le paysage.

Une atmosphère magique imprègne ce lieu, où l'on peut entendre le bruit apaisant de la rivière en contrebas. Le paysage est d'un vert magnifique, ponctué par les fleurs en pots que les habitants de La Pobleta cultivent avec amour sur leurs balcons. Ces fleurs me rappellent les motifs floraux de ma robe en chintz de coton, échos du glorieux héritage des arts textiles traditionnels européens.

Atelier Serraspina, gloire des pétunias à La Pobleta de Bellveí (Catalogne)

Des fleurs sur les balcons

En marchant le long du chemin menant à la rivière, j'ai remarqué les fleurs en pot aux couleurs vives qui ornaient de nombreux balcons du village. Malgré l’heure matinale, les balcons étaient déjà animés de fleurs éclatantes.

Le climat chaud de la région permet à une grande variété de fleurs de s’épanouir. Des bougainvilliers dans des tons fuchsia, magenta et violet drapés sur les rebords des balcons en cascades abondantes. Des géraniums aux fleurs corail, rouges, roses et blanches ont ajouté des touches de couleur supplémentaires. Lantana, avec ses délicates grappes de petites fleurs, poussait dans des jardinières en terre cuite.

Le talent créatif des habitants de La Pobleta s'est manifesté dans les contenants imaginatifs utilisés pour les fleurs en pot. De vieux pichets en céramique, des caisses en bois et des pots vernissés colorés de toutes tailles contenaient les plantes. Cette émeute de fleurs jaillissant de supports réutilisés a créé une atmosphère festive et vivante.

En marchant vers la rivière, je me suis retrouvé à admirer le soin apporté à chaque jardinière improvisée. Les fleurs vibrantes des balcons étaient un signe encourageant de l'affection des villageois pour leurs maisons et leur communauté. Les fleurs étaient un rappel vivant de la beauté simple qui peut être cultivée chaque jour. Leur présence tout au long de ma promenade a rendu la matinée plus joyeuse et pleine de promesses.

Atelier Serraspina, fleurs, pierres et vieux bois à La Pobleta de Bellveí (Catalogne)

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